La communauté des Faugère de La Lyrisse

Au moins depuis la fin du XVIe siècle, des Faugère s’étaient installés dans le village de La Lyrisse, sur le territoire de la paroisse de Chaméane.

Laboureurs de père en fils, les membres de cette famille occupaient encore une grande partie des maisons du hameau dans le courant du XIXe siècle. L’étude du cadastre ancien montre la forte emprise qu’ils ont alors sur l’habitat, les dépendances et le finage du lieu, conséquence de la persistance sur près de trois siècles d’une importante communauté familiale : les Faugère de La Lyrisse.

L’emprise des Faugère sur le hameau de La Lyrisse au XIXe siècle (en vert, les maisons et bâtiments agricoles leur appartenant)

Cette forme de solidarité familiale était relativement répandue dans les milieux ruraux, particulièrement en Auvergne et accessoirement dans le Livradois. On y vivait « au même pot, au même sel et au même feu ». Les premières remontaient au XVe siècle, et certaines ont perduré jusqu’à la veille de la Grande Guerre. L’intérêt majeur de la gestion commune des biens était d’éviter le morcellement successoral de l’exploitation agricole. Ce mode de vie en collectivité – entre les descendants et leurs familles – pouvait ainsi perdurer sur plusieurs générations jusqu’à ce que, devenue trop lourde et trop nombreuse, la communauté périclite.

Les historiens les ont souvent baptisées communautés taisibles car elles reposaient sur des accords tacites (dits taisibles), sans passer par la voie écrite – notariale. Dans les faits, le terme de communauté était rarement employé, mais on rencontre couramment dans les actes notariés les expressions société ou communs en bien. Dans certains coins du Massif Central, en particulier dans le Velay, on utilisait le terme de parsonnier pour qualifier ses membres. Dans la zone qui nous intéresse, c’est la forme consort qui était employée.

Cellule à la fois économique et familiale, elle est organisée autour d’un « chef » ou d’un « maître » nommé tacitement par ses consorts. Ici aussi, point d’acte notarié pour officialiser la situation, mais la hiérarchie était clairement établie même si le chef n’était pas forcément le plus âgé ni le plus lettré du groupe. Il était son représentant devant les autorités, et, en particulier, c’est lui qui apparaissait dans les rôles de taille (registres où étaient consignés les impôts dus au Roi).

Ces communautés ont marqué durablement de leur empreinte de nombreux villages, en particulier du point de vue toponymique, lorsque leur nom a été élargi au hameau, voire au village : « Les Astiers », « Les Fournets »…

À La Lyrisse, Les Faugère ont longtemps formé une communauté de ce type jusque dans le courant du XIXe siècle. Nous avons effectué un état des lieux, à cheval entre le dernier quart du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle. Il est probable que la communauté existait déjà bien avant, mais les sources que nous avons consultées ne l’attestent qu’à partir de la descendance mâle de deux frères –  Antoine et Claude Faugère – autour de 1700.

La situation est clairement établie lorsque Mathieu Rodier, notaire à Sauxillanges, reçoit la famille Faugère de la Lyrisse pour marier Antoine. Nous sommes en plein hiver 1697, époque propice aux mariages pour les laboureurs, lorsque les travaux des champs étaient en sommeil… Le père du marié étant décédé, c’est sa mère, Anne Pommel, qui l’autorise à contracter mariage avec une fille Cladière du village voisin des Noalhats. Dans le même temps, il reçoit l’agrément de son oncle et de son cousin qui perpétuent ainsi la société qui existait déjà – au moins depuis une génération – entre les deux frères.

« (…) Et à ce ont estés présans Antoine et George Faugieres père et fils, laboureurs habitant dudit lieu de La Leyrisse, oncle et cousins dudit futur espoux, lesquels agréant le présent mariage et en considération d’icelluy, se sont par ces présentes assossiés et accommunallés avec ledit futur espoux générallement en tout et tous chacuns leurs biens meubles et immeubles actuels (…) »
« (…) ayant estés acquis en communs pendant le temps de la société qui estoit fait entre ledit Antoine Faugieres et ledit feu Claude Faugieres père dudit futur espoux qui a esté continuée jusques à présent entre eux (…) »
Extrait du contrat de mariage d’entre Antoine Faugère et Agathe Cladière du 26 janvier 1697.

Quelques années plus tard, à l’occasion de la quittance de la dot d’Agathe Cladière, nous retrouvons la même volonté de mettre en commun les biens issus des unions des deux cousins Faugère avec les deux sœurs Cladière. Les mariages étaient bien sûr l’occasion d’augmenter le capital commun, et la stratégie matrimoniale de la communauté ne laissait rien au hasard… À l’époque, la famille Cladière faisait partie des laboureurs « aisés » de la paroisse de Chaméane, et parvenir à marier deux consorts avec deux filles Cladière assurait un avenir un peu plus serein pour la communauté…

« Furent presans Antoine et autre Antoine Faugieres oncle et neveu communs en biens, laboureurs habitants de La Leyrisse (…) »
« (…) ledit Antoine Faugieres neveu reconnoit que ledit Antoine Faugieres son oncle et George Faugieres son fils ont mis et apporté dans la comunauté toute la constitution de Jeanne Cladiere femme audit George Faugeres (…) »
Extrait de la quittance de dot d’Agathe Cladière du 17 octobre 1700.

Au début du XVIIIe siècle les Faugère ne faisaient pas partie des familles plus aisées de cette partie du Livradois, mais ils n’en constituaient pas moins une communauté importante. Suffisamment pour que l’un de ses consorts soit régulièrement délégué aux délibérations communales, et pour qu’un notable du coin vienne à marier sa fille à l’un des fils Faugère. C’est ce qui arrive à Georges, qui se marie en 1729 avec Anne Chabanne, une des dernières descendantes de la branche auvergnate des de Sommièvre, famille originaire de Champagne, venue s’installer dans le Livradois au début du XVIe siècle.

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