La ville et château de Nonette dans « L'Armorial d'Auvergne, Bourbonnois et Forestz » de Guillaume Revel, milieu XVe siècle [BnF, Fr 22297]

[La ville et château de Nonette dans « L’Armorial d’Auvergne, Bourbonnois et Forestz » de Guillaume Revel, milieu XVe siècle (BnF, Fr 22297)]

L’abbé Adam, dans une ébauche de notice consacrée à Nonette, ancien chef-lieu de châtellenie royale en Basse Auvergne, a reproduit in extenso une lettre de grâce accordée par le roi Charles VIII à un habitant de Nonette, Jehan de Lale, le 14 avril 1489. La demande du gracié faisait suite à un accident mortel dont il était à l’initiative, survenu lors d’une partie de jeu de barres qui opposait l’équipe des mariés contre celle des célibataires, dans la plaine, aux pieds du château de Nonette. Mais qu’était donc ce jeu pratiqué dans les campagnes du Royaume de France à la fin du XVe siècle ? Encore très prisé deux siècles plus tard, Richelet dans son dictionnaire (1690) le définit comme un « jeu où deux troupes de jeunes gens se rangeant en haie à la tête, et à quelque distance les uns des autres sortent de leur rang, & courant les uns après les autres tâchent de s’attraper & de se faire prisonniers. ». Le but du jeu, qui se déroulait sur un terrain rectangulaire avec un camp de chaque côté (qui à l’origine était entouré de barrières, d’où le nom), était donc assez simple : attraper et faire prisonnier tous les joueurs du camp adverse.

Rien de bien violent à première vue, mais le témoignage de Jehan de Lale montre à quel point cette pratique, suivant le degré d’engagement qu’on voulait bien lui accorder et probablement aussi du fait de l’enjeu grandissant qui entourait les confrontations, pouvait engendrer parfois une violence funeste… Et pourtant, dans le cas présent, il s’agissait d’une confrontation amicale entre habitants du même lieu ! Imaginons ce que pouvait être les débats lorsque des villages voisins s’affrontaient… Le décès d’un participant, qui faisait suite une semaine auparavant à un violent traumatisme, peut expliquer la défection de dernière minute des habitants de Mailhat…

Le jeu en valait-il vraiment la chandelle ?

« Charles … etc … savoir faisons … Nous  avons receu l’umble supplication de Jehan Lale, habitant du lieu de Nonnette, au pays d’Auvergne, contenant que le dimanche 28e jour de mars derrenier passé, les habitants dudict lieu de Nonnete, en grand nombre, et entre lesquels estoit ledict suppliant, pour ce qu’il feut dict que les habitans du village de Mailhac, leurs voisins, venoient jouer aux barres à l’encontre desdicts de la Nonnete et se devoient trouver à une prairie appellée de Lisle, se transportèrent en ladicte praierie, et illec actendirent par grant temps, lesdicts habitans de Mailhac, cuidant qu’ils vinssent , ainsi qu’on leur avoit dit ; entre lesquels habitans dudict Nonnete estoit feu Anthoine Pons, grant amy familier et fort accointé dudict suppliant qui estoit à cheval et venoit de dehors de faire ses besongnes qu’ils allassent jouer ausdictes barres, à l’encontre desdicts de Mailhac, à quoy ledict suppliant, pour luy faire plaisir, s’accorda et alla descendre à sa maison et puis les suivit à ladicte paraierie ; et advint que après que lesdicts habitans dudict Nonnete eurent assez actendu lesdits de Mailhac et voians qu’ils ne venoient point, firent entreprinse entre’eulx de jouer au dict jeu des barres, c’est assavoir ceulx qui n’estoient point mariez contre les mariez ; auquel jeu ledict suppliant ne vout point jouer, pour ce qu’il s’en vouloit aller en son hostel veoir son mesnage, mais néantmoins, à la grant prière, requeste et instigation dudict feu Pons et autres ses compaignons, il s’accorda de ce faire, et finalement se partirent en deux parties, comme il est acoustumé de faire audict jeu, et quinze jours paravant, en jouan à semblable jeu de barres, avoi testé mis et rué jus par terre par un quidam et tellement que du coup qu’il print, la teste lui en dolut, et demeura malade quatre ou cinq jours après ; pour ce que, en jouant, ledict jour de dimanche ausdictes barres, icellui feu Anthoine Pons a grant voult prendre et saisir l’un de ceux du cousté dudict suppliant, icelui suppliant qui estoit à barres voulant garder sondict compaignon de prinse, ainsi qu’il est de coustume, vient à l’encontre dudict feu Pons, lequel il print par les espaulles et collet, et ledict feu Pons tomba par terre, en la présence de V ou VIXX (100 à 120, ndlr) personnes et plus, les ungs jouans audict jeu de barres et les autres les regardans jouer, dont tout incontinent que ledict Pons fut tombé, se releva et retourna de rechef à ses dictes barres, où il se coucha à bouchons sur les rolibes de ses compaignons, et lui estant illec, il perdit tout à coup, par l’eschauffement de son sang ou par la tumbée qu’l avoit faite, le parler et toute cognoissance et tellement qu’il convint l’emporter d’illec jusques au lieu d’Orsonnete, où il trespassa, comme l’en dit, le lundi ensuyvant, environ l’eure de mynuit, et combien que ledict cas soit advenu par grant meschance et cas fortuit et en soit ledit suppliant grandement desplaisant, pour ce que ledict Pons estoit son grant amy acointé, ce néantmoins il doubte que les officiers de ladicte justice de Nonnete, pour raison dudict cas, ilz le molestent par prinse de corps et biens … si donnons en mandement au bailly de Montferrand … etc … donné à Amboise le 14e jour d’avril l’an de grâce 1489 avant pasques. »

[Archives nationales, trésor des chartes, Reg. JJ. F. 220.]

Extrait de : Archives départementales du Puy-de-Dôme, 6 F 150, Nonette, notes historiques par l’abbé Adrien Adam. « Des lettres de grâce accordées par le roi Charles VIII à un habitant de Nonette, Jehan de Lale, le 14 avril 1489, nous donnent un détail de certaines mœurs alors en usage dans cette ville, qui ne manque pas d’intérêt. »

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